Avis d'expert
Mai 2009


Le mobile, outil intelligent de surveillance des patients
et de réduction des coûts dans le médical


Consacré nouveau média, le téléphone mobile propose des fonctionnalités très pointues. En plus de permettre aux marques un ciblage très affiné des consommateurs, l’outil s’ouvre à de nouveaux usages, très distants de sa fonction première, telle que la gestion de la relation clients/patients qui rencontre de nouvelles perspectives de développement sur mobile, favorisant un meilleur suivi des malades, et garantissant une meilleure efficacité dans l’organisation logistique des établissements de santé. Nous assistons à une réelle prise de conscience des enjeux de santé publique que recouvre le suivi des patients sur mobile.

En France, les trois opérateurs majeurs de téléphonie mobile développent depuis environ 3 ans des applications permettant de surveiller les malades à distance, comme la mesure du diabète, ou le système d’alerting GPS pour les personnes âgées ou atteintes d’Alzheimer. Toutefois, tous reconnaissent que le business model n’est pas encore trouvé et n’ont d’ailleurs pas d’objectifs commerciaux à court terme.
Pour l’instant, les cas répertoriés, en France ou à l’étranger, sont des cas financés sur fonds publics ou privés, mais sans retour sur investissement.

A titre d’exemple, à l’étranger, le mobile est utilisé au Kenya, en Sierra Leone et en Zambie pour collecter des données médicales. Au départ, la société éditrice du logiciel Episurveyor, a certes bénéficié du soutien de la Fondation des Nations-Unies et des Fondations Vodafone et Nokia, mais son application a ensuite été adoptée par l’OMS comme standard mobile de collecte de données pour l’Afrique et l’Asie, et financée comme telle. Au Mexique, le mobile est utilisé pour du m-coaching : des patients exposés à des risques cardiaques reçoivent, gratuitement, chaque semaine des conseils en matière de nutrition. Tout cela financé indirectement par Carlos Slim, via l’Institut Carso de la Santé.

Bien que tout le monde soit intimement convaincu que le mobile aidera d’une façon ou d’une autre le monde médical, le développement de son utilisation à grande échelle oblige à entrevoir un retour sur investissement. Sous peine que son utilisation dans le secteur sanitaire ne reste qu’à l’état embryonnaire…Et, ce alors même que l’efficacité d’une telle solution de suivi n’est plus à démontrer, tant pour le confort des patients, que pour une meilleure gestion des dépenses de santé.
Il apparaît au moins deux domaines dans lesquels le mobile peut avoir un retour sur investissement fort. Le premier est celui du combat contre des déprogrammations d’interventions chirurgicales ambulatoires pour lesquelles le mobile apparaît comme un outil très intéressant de lutte pour améliorer le suivi du protocole et ainsi éviter les annulations d’interventions, qui participent pour une grande part à creuser les pertes des établissements de santé. En effet, l’hospitalisation ambulatoire oblige les cliniques et hôpitaux à une logistique patients parfaite, car en cas d’impossibilité de mener à bien un acte médical alors même que la salle d’opération est réservée, le budget alloué ou le chiffre d’affaires attendu de cet acte est perdu, mais les frais fixes demeurent, soit une perte sèche pour l’établissement. En terme de coût, les déprogrammations d’interventions chirurgicales ambulatoires sont très lourdes : 4% des opérations prévues sont ainsi chaque année déprogrammées, représentant, pour une clinique de 40 médecins, l’équivalent de 600 000 euros par an environ…
Dans ce contexte, le mobile peut clairement s’affirmer comme un levier de rentabilité. En effet, certaines sociétés ont créé des systèmes de rappels de rendez-vous par SMS, envoyés automatiquement aux patients, la veille de leurs rendez-vous médicaux. Une société a même poussé plus loin le concept en fournissant par SMS un rappel du protocole à suivre. Ainsi, le patient qui doit se faire opérer des dents de sagesse reçoit un SMS lui indiquant de venir 30 minutes avant l’opération, à jeun, et avec ses radios dentaires. Grâce à ce procédé, on constate près de 50% de déprogrammations en moins, soit une économie de 300 000 € par clinique. En outre, le coût modique de la solution permet un retour sur investissement immédiat et très important : l’outil rapporte plus de dix fois son coût.

Le second domaine, la m-observance, à savoir la possibilité d’utiliser le mobile pour pousser les patients à bien suivre leurs traitements, représente un autre domaine pour lequel le mobile peut contribuer à un retour sur investissement fort.
S’agissant de maladies chroniques, avec une prise quotidienne de médicaments, le retour sur investissement est possible mais il se fait sur le long terme. En effet, dans un premier temps, le bénéfice réalisé vise la sécurité sociale car il y a moins de complications, et donc moins d’hospitalisations. Le bénéfice touche aussi le laboratoire promoteur du médicament : on sait qu’une mauvaise prise des médicaments diminue les chances de guérison, causant parfois une mauvaise image pour le laboratoire, voire une vraie perte de chiffre d’affaires par déremboursement partiel (ou total) de la sécurité sociale…
Mais il y a aussi des produits de santé pour lesquels le retour sur investissement serait immédiat : les vaccins, et plus précisément les vaccins nécessitant plusieurs prises. Par exemple, dans le cas d’un vaccin contre les risques de cancer du col de l’utérus, qui doit être fait en trois fois : on constate que bon nombre de premières prises ne sont pas suivies de la deuxième, et encore moins de la troisième. Or, il suffirait d’un rappel par SMS pour augmenter le nombre de deuxièmes et troisièmes injections, d’autant que les jeunes femmes, cibles de ces vaccins, sont équipées de mobiles à 100 %.
Les laboratoires commercialisant ces vaccins se sont vu proposer cet outil, qui est prêt et dans les starting blocks !





Hervé CEBULA - Directeur Délégué MediaTech Softwares et Membre de la Mobile Marketing Association France


 


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